Un bon conseil... / by Niels Ackermann

... toujours prendre les conseils des autres avec des pincettes. Je ne compte plus le nombre de fois où je fais ce constat.

Avant de partir différentes personnes m'ont décrit le Cameroun comme un mélange de splendides occasions photographiques et d'une très grande difficulté à les immortaliser. «Si tu sais photographier là bas, tu sauras photographier n'importe où après», «Evite de sortir ton appareil dans ce quartier, c'est plein de voleurs»«C'est très dur, les gens te demandent toujours de l'argent», «La photo est mal vue, beaucoup de gens craignent qu'on s'en serve ensuite pour leur jeter des sorts»... et divers autres avis agrémentés d'anecdotes plus ou moins effrayantes que, sans le vouloir, j'ai un peu trop intériorisé, au point de ne quasiment plus toucher à mes boitiers durant mes trois premiers mois ici.

Grave erreur! Mon moral me l'a fait comprendre il y a environ deux semaines sous la forme d'une très profonde humeur noire (pour rester poli), laquelle s'est heureusement achevée sur une décision: faire fi de toutes ces remarques et ne plus sortir sans un appareil. Quand bien même faire des photos ici serait aussi problématique que ce qu'on m'a décrit, autant que les hypothétiques problèmes arrivent en ayant pris des photos que de laisser avec certitude pourrir tout ce matériel dans une boite en plastique (pleine de silicagel, certes) (les mots en gras, c'est pour rendre plus évidente la réflexion mathématique sous-jascente).

Depuis deux semaines, mon moral est au beau fixe, et je ne manque plus une occasion d'immortaliser quelque chose. Un collègue, une rue, un endroit. Et bon sang ça fait du bien!

Et je peux désormais dire que, non, ce n'est pas plus difficile de faire des photos à Douala que dans les autres pays que j'ai visité. On a dû me demander à peu près aussi souvent de payer qu'en Suisse (il y a des gens qui se croient très drôle en Suisse en demandant au photographe combien on va payer pour les photographier, ici, ils y pensent juste un peu plus sérieusement), on ne m'a encore jamais accusé de sorcellerie, et mon fidèle 5d mark II essuie des regards bien moins admiratifs et envieux que n'importe quel compact à 200chf.

Le seul obstacle qui m'empêche de déclencher autant que je désirerais, c'est le temps: avec environ 40h de travail par semaine au Collège, le temps nécessaire aux achats et au nettoyage de la maison et le fait qu'à 18h le soleil soit couché, il ne reste que les week-ends pour  coller l'oeil au viseur.