30 Grivnas / by Niels Ackermann

Comment faire pour remplir les 600 places d'une salle pour un meeting politique en Ukraine? Facile! On paye les spectateurs. 30 grivnas, soit un peu moins de 4 francs suisses. C'est suffisant pour attirer une foule d'étudiants sans boulots et de retraités qui peinent à joindre les deux bouts. Pour ce prix, ils écouteront religieusement un étrange candidat qui a fait changer son nom en Protyvsyh ("contre-tous") dans l'espoir de récupérer une partie des voix de ceux qui opteront pour la 19e case sur le bulletin de vote, celle permettant de voter contre tous les candidats.

Bien sûr, ledit candidat n'arrête pas son programme à ce petit tour de malice de technique électorale. Comme tous ses concurrents, il jure sur tous les saints n'être pas un pourri financés par les oligarques. Comme tous les autres, il mettra en prison les pillards qui ruinent le pays, et tout comme eux, il mettra un terme à la corruption endémique...

Depuis environ une semaine, j'entends par-ci par-là que les différents candidats recrutent des gens pour participer à des manifestations, dormir dans des tentes contre rémunération, ou même vendre son vote. J'ai vu certaines de ces offres d'emploi sur Internet. Mais ça semblait tellement gros que je restais intimement convaincu qu'il ne pouvait s'agir que de tentatives des partis adverses de décrédibiliser leurs opposants, les faisant passer pour des corrupteurs. Mais aujourd'hui, j'ai eu la confirmation que cela se passe réellement. Du meeting jusqu'à la distribution de billets. Ici, on paye les gens pour qu'ils participent à une action politique. Les personnes avec qui j'en ai parlé sont tout à fait conscientes de l'aspect moralement discutable de ces pratiques, mais leur première priorité, c'est de manger et d'avoir un logement, alors elles font avec, et elles encaissent là où elles peuvent. Et après tout, cet argent, que les politiciens dilapident dans une campagne déconnectée de toute réalité, c'est le leur.