Ca commence / by Niels Ackermann

Jeudi soir, pour le show du nouvel an, je me suis dit que je pourrai bosser sans accréditation. J'avais repéré durant l'après midi trois emplacements facilement accessibles d'où j'aurais eu un angle intéressant. Mais c'était sans prévoir que des policiers allaient débarquer par centaines et boucler tout le périmètre autour de la scène. Résultat, interdiction formelle d'accéder aux dits emplacements. J'ai dû me contenter de vues depuis la foule. Les concerts étaient d'un style pop assez proche de ce qu'on voit à Eurovision, et un peu avant minuit, Yulia Tymoshenko est venue faire un petit speech et le décompte jusqu'à la nouvelle année.

Frustré de ne pas avoir pu faire ce que je souhaitais hier, j'ai accéléré un peu mes démarches pour avoir les accréditations auprès des différents partis. Mais c'est pas facile parce que la plupart des gens ici ne parlent pas un mot d'anglais, certains disent "yes, I speak english", mais ils ne comprennent rien quand je pose ma question. Le passage par un traducteur va donc être impératif.

Autrement, hier soir, Anna et Sasha, les deux jeunes qui animaient la tente pro-Tymoshenko, m'ont invités à boire un verre avec eux. J'ai découvert le pain à l'ail ukrainien, c'est rudement bon. A notre sortie, il s'est mis à neiger, environ 5cm de plus dans les rues, et la température est en train de gentiment descendre. Ici, ça fluctue très vite:

Mais ce qui m'a le plus surpris hier, c'est un défilé des nationalistes. Anna et Sasha m'avaient donné rendez-vous sur Khreshchatyk, le boulevard principal du centre de Kiev. Le vendredi et le week end, il est fermé à la circulation et les habitants de Kiev prennent plaisir à se l'approprier à pieds. En marchant sur ce boulevard, on a croisé un défilé de nationalistes. Ils criaient des slogans comme "l'Ukraine est slave". Mes deux guides me montraient les différentes nuances composant ce défilé, qui comprenait aussi une représentation qu'ils qualifiaient de "fascistes / skinheads". Ce qui était très amusant pour moi, c'est qu'ils se laissaient tous prendre en photo sans broncher. Pas même un regard de travers, c'en était presque un peu décevant. Ca change de certaines manifestations en Suisse où l'animosité envers les médias est très palpable.

Mais ce défilé était aussi surprenant pour d'autres raisons. C'est la troisième manifestation que je vois dans ce pays et j'ai vraiment l'impression de voir autre chose que les manifestations en Suisse. Ici, tout le monde arbore des drapeaux, certains ont même une espèce d'uniforme aux couleurs du mouvement qu'ils défendent. Ils sont tous bien alignés, personne ne dépasse des lignes, ça donne une impression de manifestants professionnels. Des différentes manifestations que j'ai vu, il n'y a jamais eu de débordements quelconques, la contestation se limite à des banderoles et des slogans. Et finalement, ces manifestations se cantonnent physiquement à un espace de liberté bien défini: le boulevard Khreshchatyk fermé à la circulation. Le défilé d'hier soir a commencé au début de la rue et s'est arrêté à l'autre bout, quelques centaines de mètres plus loin. C'est un peu comme si tout était fait pour ne pas déranger.