Qu’aurait on dit des suisses si…
Ok, je ne suis pas diplomate et je ne saisis certainement pas la fine subtilité qu’il y a dans l’acte de dire qu’on acceptera les règles traitant du secret bancaire avant même qu’elles soient redéfinies, mais je me pose quand même quelques questions.
On aime à culpabiliser actuellement sur notre vilain secret bancaire. Il ferait de la Suisse une espèce de plaque tournante du crime organisé et des pires insanités. Bien des éditorialistes renommés du pays prennent plaisir à jouer les repentir sans fournir pour autant de grand effort de réflexion morale1.
Actuellement, à les lire, il serait tout à fait légitime d’abandonner tout secret bancaire avec les autres pays, soit parce qu’ils sont puissants, soit parce qu’ils ont les poches trouées et que c’est pas très gentil d’offrir à leurs habitants des moyens de conserver leurs économies.
Mais que dirait-on actuellement si nos banquiers et autorités avaient été aussi pleutres que ceux actuellement en place quand les nationaux socialistes allemands voulaient récupérer l’or que les juifs ont abrités dans nos banques? Ca m’étonnerait fort bien qu’à la fin des années 30, le dépensier régime nazi ait vu d’un bon oeil le fait qu’une fortune considérable sorte de son territoire et de son contrôle. Il me semble aussi très probable que l’acte d’aller cacher son argent en Suisse à l’insu du fisc nazi était déjà de la fraude fiscale ou en tout cas un acte pénalement répressible (quand on sait comment les régimes socialistes aiment à contrôler les flux de devises, l’hypothèse me semble très crédible). Ca me surprendrait également que personne en Suisse n’ait craint la puissance tant militaire que diplomatique et économique de l’axe. Et finalement, en pleine période antisémite, combien de suisses considéraient déjà l’Allemagne nazie comme le mal le plus absolu? Et encore, je passe outre le fait que la Suisse des années 30-40 n’avait pas la puissance économique qu’elle a actuellement.
Les conditions étaient -si ce n’est pire- au moins identiques à maintenant. Et pourtant nos politiciens ont tenu, certainement contre l’avis d’une bonne partie de l’opinion publique et avec elle de maints journalistes en vogue. Alors qu’est-ce qui peut expliquer une telle érosion des principes moraux à l’heure actuelle?
Loin de moi l’idée de dire que l’Amérique d’Obama ou l’Europe sociale démocrate sont de nouveaux empires nazis. Mais la légitimité de protéger son argent du regard des autres reste la même, ne serait-ce que parce qu’on ne peut pas prédire le futur.
1 Je ne saurais que trop recommander à ceux que la question morale du secret bancaire intéressent la lecture du papier de Jan Krepelka sur le sujet publié initialement dans Le Temps.
Photo: C’est un peu anecdotique, mais le regard de M. Tata me fait bien rigoler.

7 commentaires
Il n’y a pas que les gentils persécutés qui ont déposé leur argent en Suisse; qu’en est-il de ceux (régimes autoritaires notamment, nazis compris) qui ont profité du secret bancaire pour abriter l’argent dont ils avaient dépossédé d’autres gens? Les “principes moraux” suisses sont aussi criticables…
A propos de principes moraux justement, l’idée d’une “telle érosion des principes moraux à l’heure actuelle” face à un passé idéalisé où on savait défendre nos valeurs, je trouve un peu facile.
D’abord parce que de considérer comme un principe moral louable le fait de passer outre l’opinion publique pour une question économique, fût-elle une question primordiale pour l’économie nationale, ça se débat.
Ensuite, la notion de “principes moraux” est très vague et recouvre des réalités fort diverses. Les principes moraux varient suivant la situation économique, sociale, politique des individus, alors d’utiliser le concept d’une manière aussi générale, ça se rapproche assez des simplifications journalistiques que tu fustiges.
Ensuite et finalement, je tiens à rappeler que la situation économique, politique et sociale suisse/européenne/mondiale a considérablement changé depuis les années 30-40, et par conséquent la comparaison sautant par-dessus les réalités historiques me paraît aussi criticable.
Je ne me targue d’aucune connaissance économique (loin de là), et je n’ai pas de position arrêtée sur la question du secret bancaire, mais si je commente ici c’est simplement parce que je trouverais judicieux d’adopter un discours plus nuancé et approfondi, moins manichéen, dans ce genre de débats, surtout quand on s’aventure dans les questions “morales”, des plus ambigües.
Aaaah, enfin un billet polémique et engagé comme il n’y en avait plus eu depuis quelques temps! C’est par contre un peu dommage qu’il soit en effet si manichéen et idéaliste sur les raisons du secret bancaire…
Je me permets aussi de commenter la photo que je trouve excellente, t’as déclenché pile au bon moment!
La réaction des autorités est pathétique. Bafouement de la vie privée et à-plat-ventrage devant les petits impérialistes de l’UE et des USA. Lamentable.
zMax et Fa, effectivement j’ai peut-être été un peu manichéen, vous avez bien fait de le soulever.
zMax, pour la photo, c’est surtout un coup de bol mais ça m’a bien fait marrer.
La comparaison est vraiment très mauvaise
(un ami me souffle: c’est comme comparer la fille à Fritzl avec Anne Franck)
Fin bref… je me lance pas dans un débat, c’est interminable généralement.
Juste la plupart des journaux suisses semblent défendre le secret bancaire.
Et les liens forts entre la Suisse et le régime nazi doit probablement expliquer le courage que tu prêtes à nos cher banquiers et autorités. D’ailleurs quel courage, accepter de garder l’argent des juifs mais pas les juifs, quelle force de caractère, quelle haute valeur notion des valeurs morale…Tout se perd.
*le premier valeur est de trop, cela va sans dire…
Bravo. Je n’aurais pas écrit autre chose, sauf que je l’aurais moins bien dit. Je ne comprends pas pourquoi la Suisse de mon enfance se couche aujourd’hui alors qu’elle a tenu bon pendant sept siècles.
Dommage.
Ajouter un commentaire